Le bonheur selon Jean Pierre Coffe

Elle - Janvier 1970

NOTRE CHRONIQUEUR GOURMAND SE FAIT DU SOUCI POUR LES SAVEURS EN VOIE DE DISPARITION. IL EN A MÊME FAIT UN OUVRAGE PAMPHLET « AU SECOURS LE GOÛT » (ÉD. LE PRÉ-AUX-CLERCS).
HEUREUSEMENT, JEAN-PIERRE COFFE SAIT OÙ DÉNICHER LES BONNES CHOSES DE LA VIE. ET EN FAIRE PROFITER CEUX QUI LE MÉRITENT : SUIVEZ LE GUIDE...

Jean-Pierre Coffe aime les choses simples. A midi, il déjeune souvent d'un sandwich. Avec du pain au levain, du jambon sans polyphosphate et des cornichons maison. Le soir, il lui arrive d'être tout seul chez lui. Qu'à cela ne tienne, il se fait une blanquette. « Hier, je suis passé chez mon boucher chercher un tendron de veau. Une carotte, des échalotes, du vin blanc, des oignons, du poivre... Pendant que ça mijotait, j'ai écrit mon papier pour ELLE ! »
Le bonheur de Jean-Pierre Coffe pourrait aisément se confondre avec le plaisir. De tous les sens. Dans son dernier livre, « Au secours le goût » (éd. Le Pré-aux-Clercs), il réhabilite le plus martyrisé des cinq : le goût. Défenseur du fromage de tête, du camembert et du kouglof, pourfendeur du jambon sous plastique, des fleurs congelées et du lait UHT, il balaie d'un geste impérieux les scepticismes de la femme moderne habituée à gagner du temps sur tout, grâce aux surgelés et aux supermarchés: « Cela ne coûte pas plus cher, et ne prend pas plus de temps. »
Cornichons, cerises à l'eau-de-vie, confitures ? Le bonheur, pour Jean-Pierre Coffe, passe d'abord par les produits faits maison « Une fois par an, j'invite des amis à la campagne, je sors les bassines de cuivre et les tabliers. Une mère de famille qui n'a jamais fait de confitures avec ses enfants se prive d'une grande joie... » Coffe est parisien d'adoption, il habite un appartement, rue du faubourg Saint-Honoré, mais reste paysan dans l'âme. « C'est mon grand-père, jardinier, qui m'a appris à éclaircir les carottes dans le jardin, et ma grand-mère, cuisinière, qui m'a montré comment les préparer. » Tous les week-ends, il file à la campagne dans une maison près de Châteaudun. « Là-bas, je me promène, je respire, je goûte à tout » L'œil participe aussi à la fête : il regarde pousser ses légumes et éclore ses rosiers II leur parle : « Je raconte ma vie aux salades quand je les épluche. » Coffe a un immense potager où il met, chaque semaine, la main à la terre.IlI bêche, arrache, sème.. « En ce moment, il y a des poireaux, des carottes, de la mâche, des choux de Bruxelles. J'aime respecter le cycle des saisons » Coffe vient aussi de planter plus de 1 300 bulbes dans son jardin (tulipes, jacinthes, narcisses), il en a gardé quelques-uns pour son balcon. Le dimanche après-midi, avant de regagner Paris, il fait toujours une visite à la fermière qui habite tout près, et rapporte de la crème, du lait, du beurre fait dans une baratte en bois. Jean-Pierre Coffe a des habitudes de célibataire endurci. Mais il joue, deux fois par mois, au maître de maison. « Dix personnes, pas plus », dit-il, un tantinet mondain. Si Coffe prépare un faisan quand il est seul, il préfère, pour ses dîners privés, faire appel à un cuisinier, Jacques de Lafontaine, président du syndicat des cuisiniers bourgeois (Coffe ne fait jamais rien à moitié), qui s'occupe de tout : courses, menu, cuisine, table. « Je lui dis ce que j'ai comme vin et il compose autour, selon son inspiration et ce qu'il trouve au marché. » Quelquefois aussi, Coffe se met en cuisine, juste pour ses intimes, Gérard (Depardieu), Jean (Carmet), Jean-Claude (Carrière), Miou (Miou). Sa spécialité : le fromage de tête. « C'est très long à faire. Une fois, j'avais invité Jacques (Deray), il déteste ça ! Je lui ai fait autre chose, mais c'est le pire souvenir de ma vie. » Il a fondé d'ailleurs une confrérie du fromage de tête pour tous les amoureux de ce plat bien français. « On va organiser un concours du meilleur fromage de tête, les charcutiers qui voudront y participer devront s'engager à n'utiliser ni polyphosphate ni colorant dans aucun de leurs produits ! » A quoi s'amusent les stars...
Le bon goût de Coffe n'est pas seulement son goût L'œil et le toucher participent aussi de ses aventures vestimentaires... réglées avec un soin maniaque. Ses chaussures sont faites sur mesure par un bottier, Alexis, ses vestes par Cerruti (en soie, toujours la même, avec boutons recouverts et dans toutes les couleurs possibles), ses chemises par un faiseur de Lunéville, ses pantalons par Mme Odette, « la meilleure culottière de Paris Une fois par an, on se réunit avec des copains, on se met tous en caleçon et Mme Odette prend les mesures. » Résultat, des placards impressionnants : pantalons suspendus par dizaines, chaussures rangées au garde-à-vous avec leurs embauchoirs, chemises et vestes alignées par couleur.. « Comme j'y apporte beaucoup de soin, rien ne s'use et, comme ce sont des classiques, rien ne se démode. » Jean-Pierre Coffe a une bonne fée silencieuse et discrète qui veille sur la bonne marche de la maison, mais il est capable de repasser ses chemises. « Je sais même faire un plissé soleil ! »
Le bonheur de Jean-Pierre Coffe se nourrit donc d'amour, d'eau fraîche... et de calissons maison. Mais il respecte aussi, « pour discipliner une paresse naturelle », un programme de fer : réveil à heure fixe (7 h), culture physique et massages deux fois par semaine et surtout douche à l'eau glacée quotidienne « Cet effort, jamais spontané, qu'il faut renouveler tous les matins, me transforme pour la journée. » Qui l'eût cru : Coffe, un ascète ?

Monsieur Serge, des Boucheries nivernaises (99, faubourg Salnt-Honoré. Paris-8»), reçoit très souvent la visite de Jean-Pierre Coffe : Ils sont voisins ! « Je passe à l'improviste, chercher un rôti ou de quoi faire un pot-au feu. »

VÉRONIQUE PHILIPPONNAT



 

 

 

 

 





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